jeudi 16 mai 2013

A LA RECHERCHE DU SINGE PARFAIT


L'EVOLUTION DES COSTUMES DE SINGES AU CINÉMA  seconde partie

Après l'article du mois précédent, en avril 2013, traitant des précurseurs de la création de costumes de singes pour le cinéma, jusqu'à ceux de LA PLANÈTE DES SINGES et 2001, L’ODYSSÉE DE L'ESPACE, la saga se poursuit et s'achève par les maquilleurs contemporains.

Des gorilles dans la nature? Non des interprètes costumés dans le film INSTINCT, un des nombreux exemples de grands singes recréés par les magiciens des effets spéciaux au cinéma

Passionné par les singes anthropoïdes, le jeune maquilleur Rick BAKER s'était fixé l'objectif de "créer le singe parfait", et y consacrera une part importante de sa carrière. Il a l'occasion de s'y atteler dès 1971; sur le film SCHLOCK ( sorti en 1973), c'est le réalisateur John LANDIS qui endosse lui-même le costume de chaînon manquant simiesque créé par le maquilleur pour cette comédie. Quatre pièces de mousse sont utilisées pour la tête, pourvue d'une mâchoire articulée, et LANDIS se voit aussi doté d'une poitrine en caoutchouc. La vague de chaleur lors du tournage met à rude épreuve le costume, la transpiration de l'acteur amenant la fourrure postiche à se décoller régulièrement; le maquilleur en tirera la conclusion qu'il convient de toujours disposer de pièces de rechange sur un tournage impliquant des maquillages spéciaux.

Le film LA CHOSE A DEUX TÊTES ( THE THING WITH TWO HEADS ) de 1972 comporte parmi les expériences d'un savant fou un gorille pourvu de deux têtes à l'instar du personnage éponyme, lesquelles furent sculptées en un seul jour avec le concours de son ami Doug BESWICK - ( futur concepteur du modèle miniature du squelette du Terminator du film homonyme ). Rick BAKER ne disposa que de deux semaines pour réaliser le costume. Il conçut des gants s'étendant jusqu'au coude de manière à ce que le raccord avec le costume soit moins facilement décelable par le spectateur.

Double ration de bananes pour LA CHOSE A DEUX TÊTES.

Sur le remake de KING KONG (1976), Rick BAKER collabore, plus ou moins bien, avec Carlo RAMBALDI pour la création du costume de singe qu'il doit revêtir au milieu de décors miniatures, la version mécanique géante créée par les équipes du spécialiste d'effets spéciaux italien et celles de Glenn ROBINSON n'apparaissant finalement que très fugitivement dans le film. Rick BAKER intègre des sous-couches musculaires en mousse collées sous le costume pour respecter la morphologie du gorille, et revêt le personnage d'une peau en mousse de latex capable de suivre naturellement les mouvements. 


Rick BAKER avec les sous-couches du costume de KING KONG, sans le revêtement extérieur.

Le maquilleur conçoit une tête dotée d'autonomie, mais c'est l'option d'une version animée par des câbles qui est retenue. Différentes têtes sont sculptées pour permettre des expressions spécifiques, l'une assurant la plupart des expressions, la seconde affichant une mine colérique, la troisième ouvrant largement la bouche pour les rugissements et la dernière permettant le gonflement des joues pour la séquence dans laquelle le singe géant sèche avec son souffle le corps mouillé de l'actrice Jessica LANGE. Les muscles artificiels recouvrant le crâne sont animés par des câbles hydrauliques d'une douzaine de mètres passant au travers des pieds du singe recouverts de latex, et animés par des opérateurs hors-champ. A chaque câble exerçant une action correspond un autre câble remettant en place le mécanisme. Pour accentuer la ressemblance avec un grand singe, Rick BAKER portait des lentilles de contact qui le firent considérablement souffrir, mais son souhait de reproduire au plus près la gestuelle d'un véritable gorille fut par contre refrénée par la production, sans doute par continuité avec l'idée initiale d'en faire une sorte d'hominidé préhistorique auquel sa démarche se rattache davantage.


Rick BAKER sous le costume de KING KONG.

BAKER utilise l'année suivante le résultat de sa recherche sur le prototype aux mécanismes internes qu'il avait initialement effectuée pour le remake de KING KONG sur un des sketchs de HAMBURGER FILM SANDWICH (THE KENTUCKY FRIED MOVIE), incarnant un gorille - surnommé Dino - perturbant le plateau d'une émission de télévision, qu'affronte John LANDIS.


Un gorille s'invite sur un plateau, peut-être attiré par le fumet d' "hamburger".

Pour LA FEMME QUI RÉTRÉCIT ( THE INCREDIBLE SHRINKING WOMAN ), comédie de 1981, Rick BAKER s'applique à se rapprocher davantage de l'anatomie d'un vrai gorille; il le dote d' extensions pour allonger les bras de manière à lui conférer une allure quadrupède, tandis que sa poitrine est constituée d'une partie dure pour constituer sa poitrine et d'une plus molle pour l'estomac, de manière à ce que les mouvements permettent de laisser entrevoir une cage thoracique réaliste. Revêtant lui-même le costume, il s'ingénie à imiter au plus près la gestuelle d'un vrai singe. Plusieurs têtes sont construites, dont l'une aux mécanismes internes.

Rick BAKER cherche un peu de compréhension.

Sur GREYSTOKE (1984), il a pour la première fois la charge de réaliser un grand nombre de singes mais s'attache néanmoins à ce que chaque animal se voit créditer d'une physionomie distincte de manière à les individualiser. La tête animée par câble est capable d'exprimer différentes émotions, avec notamment un grand nombre d'articulations des sourcils pour conférer plus de variété dans l'expressivité. Amener à former des débutants, il avouera avec dû faire des heures supplémentaires pour reprendre les résultats jugés parfois peu satisfaisants des apprentis.


Rick BAKER entouré des sculptures des modèles de GREYSTOKE. 

Pour HARRY ET LES HENDERSON ( HARRY AND THE HENDERSONS ) en 1987, Rick BAKER profite du crâne oblong de l'anthropoïde sauvage légendaire connu sous le nom de "Bigfoot" pour y loger les servo-moteurs radio-commandés. Il existe deux versions totalement mécanisées, l'une permettant de sourire, l'autre assurant les mouvements de mâchoire et des sourcils. Kevin Peter HALL ( interprète du monstre de PREDATOR ) disposait d'un costume refroidissant. Le film lui vaudra finalement l'Oscar du maquillage, en dépit des réticences de la corporation, qui contestait ce statut en raison de la présence de ces dispositifs mécaniques.


L'armature du Bigfoot, révélant notamment l'articulation du sourcil.

Le résultat, l'étonnante expressivité d'Harry.

Avec l'adaptation à l'écran en 1988 de la biographie de Dian FOSSEY, qui a consenti jusqu'au sacrifice de sa vie afin de sauvegarder les gorilles de montagnes, GORILLES DANS LA BRUME (GORILLAS IN THE MIST), Rick BAKER aboutit dans sa recherche, en signant une réussite éclatante : il est totalement impossible de distinguer à l'écran ses faux singes des vrais animaux employés sur le tournage, de telle sorte que les spectateurs sont toujours très surpris d'apprendre que des gorilles factices ont été utilisés, l'équipe ayant veillé à ce que la transition avec les véritables gorilles filmés coïncide parfaitement avec les faux animaux créés par BAKER - plus particulièrement deux costumes principaux, ceux de "Digit" et "Simba" - animés au sein même de la jungle kényane.

Leur tête conçue par BAKER est entièrement mécanisée, les mécanismes étant placés au-dessus et à l'avant, tandis que les yeux de l'acteur se trouvent au niveau de la bouche, en arrière. L'utilisation d'yeux radiocommandés permet de restituer la distance exacte entre les yeux d'un vrai gorille, à la différence d'yeux humains d'un acteur portant des lentilles. Une fausse musculature est ajoutée aux jambes pour donner l'impression d'être plus fortes et plus courtes, et les interprètes sont aussi dotés d'un faux pelvis. Des perles sont ajoutées sous la peau pour reproduire la chair de poule que les gorilles présentent dans cette zone.


Le mime John ALEXANDER se prépare au tournage, enfilant d'abord le costume avec les sous-couches figurant l'anatomie du grand singe, puis la parure avec la fourrure; on peut distinguer à l'arrière du crâne le support sur lequel vient s'insérer la tête animatronique.

John ALEXANDER costumé incarnant Digit, l'ombrageux mâle dont Dian FOSSEY (interprétée par Sigourney WEAVER) avait gagné la sympathie, ou l'art du faux poussé à son paroxysme.

Les bébés gorilles ont été réalisés de trois manières, par l'utilisation de marionnettes à main pourvues d'un visage et d'yeux radiocommandés, par le recours au procédé dit "slave system" qui reproduit le mouvement d'un animateur sur un modèle robotisé, et par l'emploi de deux bébés chimpanzés revêtus de costumes de gorilles - bien qu'un prototype ait été créé par le maquilleur William ( dit Bill ) MUNNS, un spécialiste des maquillages pour animaux, c'est finalement la maquilleuse Camilla HENNEMAN qui conçut les costumes avec l'aide de Stuart ARTINGSTALL pour la fourrure. 


Version marionnette en cours de finition pour GORILLES DANS LA BRUME.


Une tête mécanisée de bébé.

Une scène criante de vérité..

Rick BAKER a par la suite l'occasion de réitérer l'expérience avec de nouveaux gorilles. En 1993, la comédie BÉBÉ EN VADROUILLE ( BABY'S DAY OUT ) comporte un faux gorille, ainsi qu'un faux bébé humain animatronique.

Baby-sitter improvisé pour bébé en vadrouille.

Pour le remake de MR JOE (MIGHTY JOE YOUNG) en 1998 - l'original avait utilisé la technique de l'animation image par image - le film utilise en alternance des robots géants animés par télécommande correspondant à différentes postures, une tête géante animatronique, et un mime dans un costume très sophistiqué ( ainsi que quelques plans virtuels pour la course de l'animal ).


Version animatronique géante pour les gros plans avec l'actrice (ci-dessous).

A la différence de GORILLES DANS LA BRUME, le film INSTINCT (1998), dans lequel Anthony HOPKINS compose un personnage de misanthrope préférant la compagnie des grands singes à celle de ses semblables, n'emploie que des faux Gorilles.


Le costume d'un ami d'Anthony HOPKINS.

Tête mécanisée.

La production du remake de LA PLANÈTE DES SINGES (PLANET OF THE APES ) connut quelque aléas. Rick BAKER qui avait déjà été contacté au temps où Oliver Stone devait diriger le film, en fut évincé lorsque le projet fut repris sous l'égide d'Arnold SCHWARZENEGGER qui voulait confier les maquillages à son ami de longue date Stan WINSTON (voir plus bas). Lorsque finalement Tim BURTON fut engagé en 2010, l'équipe de BAKER, qui hérita des effets spéciaux, dut relever le défi de mener à bien une tache considérable en seulement trois mois.

Trois types de masques furent produits: un modèle fixe en caoutchouc pour les arrières-plans, un en mousse de latex capable de mouvements sommaires pour les plans intermédiaires, et un troisième constitué d'un ensemble de prothèses pour les personnages principaux. Un jeu de fausse dents repoussant la bouche en avant, avec lèvres collées sur celles des acteurs, permit à ces derniers de conserver toutes leurs aptitudes d'expression. Malgré l'anthropomorphisation des personnages, les gorille furent pourvus d'un bloc de mousse sculpté pour reproduire le plus fidèlement l'imposante musculature de ces animaux.





Si Rick BAKER s'est efforcé de respecter la morphologie de l'acteur David WARNER qui, en dépit de son nez allongé, interprète un orang-outan, ce qui en fait un singe anthropomorphisé assez surprenant (en haut), le maquilleur a aussi conçu quelques vieux mâles saisissants plus proches du modèle.

L'ÉMULATION DANS L'EXCELLENCE

Avec les contributions du maquilleur Rick BAKER, et notamment celles de GORILLES DANS LA BRUME qui réussit l'exploit de rendre indiscernables les animaux factices des véritables gorilles utilisés par la production, l'intérêt pour la création de maquillages ultra-réalistes de singes pour l'écran ne décroît pas. Au contraire, Stan WINSTON, s'appuyant sur les avancées de Rick BAKER, se montre désireux de se mesurer à ce grand rival, et, au moment où Rick BAKER cherche à diversifier ses réalisations comme avec les maquillages d'extraterrestres des MEN IN BLACK, Stan WINSTON se porte volontaire pour concevoir les gorilles du film CONGO ( 1995 ), basé sur un roman de Michael CRICHTON.

Les gorilles tueurs à la fourrure grise appartenant à une espèce inventée par l'écrivain, Stan WINSTON a opté pour des comédiens portant des lentilles. Pour les gorilles de montagne qui sont également recrées à l'écran, il a par contre repris le procédé éprouvé par Rick BAKER pour une restitution fidèle de leur morphologie, au travers de l'utilisation de faux yeux animés par télécommande, des fibres optiques placés dans les narines du masque assurant la vision de l'interprète. La tête est en silicone afin de permettre toutes les expressions, tandis que le corps est en mousse de latex. Un système de retour de force par air comprimé installé dans les extensions pour les bras permet la saisie réelle d'objets.

Costume d'un des "méchants" de CONGO.

Le personnage d'Amy, un jeune gorille de montagne qui accompagne l'expédition, a en fait été pourvu des traits d'un gorille des plaines, à la physionomie moins austère. Une tête animatronique a été créée de manière à obtenir la plupart des expressions requises, y compris la capacité d'allonger les lèvres et de les rétracter à partir des côtés comme le font les singes, grâce à une télécommande spécifique. Deux autres têtes ont été conçues en complément pour Amy, l'une pour le hurlement et une autre mécanisée conçue pour être portée par un interprète de plus grande taille lors d'une scène d'action. Le costume est constitué d'une couche dure pour la cage thoracique et les muscles et d'une seconde en mousse.


Tête animatronique d'Amy. C'est la compagnie Alterian Studio du maquilleur Tony GARDNER qui s'est chargé de l'insertion des poils.

Préparation du costume d'Amy.


La jungle de CONGO a aussi été pourvue de superbes hippopotames mécaniques, et on ne peut une fois encore que regretter qu'un tel perfectionnisme appliqué à la recréation du bestiaire ne soit employé également pour la conception d'êtres imaginaires crédibles au lieu des images de synthèse qui ont envahi les films de science-fiction.






Tête de singe (haut) et Stan WINSTON lui-même grimé pour un essai lorsqu'il était pressenti pour le remake de LA PLANÈTE DES SINGES. Il affirmait avoir alors mis au point avec son fils Matt un procédé d'animation très complète de la face reposant entièrement sur un jeu de prothèses mobiles, sans aucun dispositif mécanisé.

Creature shop, le studio d'effets spéciaux fondé par Jim HENSON autour de la marionnetterie afin de concevoir les personnages fantaisistes nécessaires, dont la réputation lui a valu d'être engagé sur d'autres productions que celles de son initiateur - voir article de mai 2010, a aussi saisi le défi de donner vie à des singes réalistes en s'appuyant sur son expérience, notamment pour MON COPAIN BUDDY (BUDDY), film de 1997 inspiré par l'histoire vraie d'un couple de New-Yorkais ayant transformé leur appartement en véritable ménagerie, celle-ci abritant notamment le gorille autour duquel tourne l'intrigue.

Plusieurs couches de latex ont été utilisées pour reconstituer fidèlement la musculature de l'anthropoïde. Deux têtes interchangeables à la peau en silicone ont été construites afin de pallier aux pannes éventuelles, tandis qu'un jeu d'extensions de bras a été conçu afin de permettre l'exécution de différentes fonctions.

Une marionnette en silicone radiocommandée a aussi été créée afin de donner vie à un bébé miniature capable d'exprimer un grand nombre d'expressions et de mouvoir les yeux, la bouche, les lèvres et les narines, en dépit de l'espace restreint pour abriter les mécanismes.

Une version du singe a aussi été réalisée par l'équipe de Steve JOHNSON ( GHOSTBUSTERS, ABYSS, LA MUTANTE ) pour la scène de dissection.
Les mécanismes internes de la tête de BUDDY

La même année, Creature shop concevait aussi les gorilles de GEORGES DE LA JUNGLE (GEORGE OF THE JUNGLE), mais le côté parodique du film et donc son moindre souci de réalisme a permis cette fois de conserver les yeux des figurants au travers du masque.

L'équipe de Carlo RAMBALDI s'attelle à la création de nouveaux costumes de gorilles pour la suite de KING KONG intitulée KING KONG LIVES. Des câbles de 4,5 mètres, probablement les plus longs conçus pour l'animation d'une tête, permettent à six manipulateurs d'actionner des leviers d'un mètre vingt de long, commandant 12 mouvements. ( vérifier ). Les lentilles portées par les acteurs étaient constituées de plastique rigide, rendant l'exercice assez peu plaisant - les lentilles souples ont pourtant été inventées dès la fin des années 1970 par le maquilleur Maurice SEIDERMAN, mais leur version colorée semble n'avoir été mise au point que beaucoup plus tard.


Carlo RAMBALDI veille à la bonne tenue de la fourrure d'une tête contrôlée par câble de KING KONG 2.

Apprenti de Rick BAKER, Rob BOTTIN a lui aussi livré sa version d'un grand singe anthropoïde au travers du protagoniste lubrique de LA BÊTE D'AMOUR (TANYA'S ISLAND) en 1980; vision de l'armature avec la mâchoire doublement articulée (ci-dessous), et le résultat à l'écran au-dessous, concrétisant des étreintes exotiques...




Sur LINK, un thriller sur un chimpanzé tueur, Lyle CONWAY - RETURN TO OZ, DREAMCHILD, le remake de THE BLOB -  a élaboré lui aussi un costume de singe, et maquillé un orang-outang en chimpanzé, celui-ci étant jugé plus docile pour le tournage.  

De la même façon, le maquilleur Bill MUNNS a conçu des costumes destinés à revêtir des chimpanzés et un orang-outan de manière à leur conférer un aspect de gorille, à l'occasion d'une première tentative d’adaptation de CONGO par Michael CRICHTON dès 1981, ainsi que pour une version abandonnée d'un projet concurrent de GORILLES DANS LA BRUME produit par Universal, LE CIEL ET LA TERRE (HEAVEN AND EARTH), initié en 1987 par le studio Warner Bros (http://www.billmunnscreaturegallery.com/bmcgsite_045.htm). L'artiste avait par ailleurs conçu en 1981 un singe totalement robotisé, avec des lèvres mobiles donnant l'impression de prononcer des mots, devant doubler un vrai chimpanzé dans certains plans, pour une série nommée DOC, mais celle-ci ne fut jamais programmée, victime elle aussi de la concurrence, due à la série MR. SMITH qui mettait également en vedette un singe parlant, en l'occurence un orang-outan qui avait été construit sous lforme d'une marionnette à main (http://www.billmunnscreaturegallery.com/bmcgsite_050.htm).  Ainsi, l'investissement de Bill MUNNS depuis 1967 pour représenter nos proches parents à l'écran dans de nombreuses productions est demeuré méconnu, et il est manifeste que l'histoire du maquillage n'a donc pas réellement rendu justice à ses talents.


Des singes anthropoïdes inutilisés créés par Bill MUNNS, challenger malchanceux et ami de Rick BAKER : le chimpanzé robotisé de la série DOC et un chimpanzé costumé en gorille.

Parmi les maquilleurs ayant conçu des singes, rappelons aussi que Michael McCRACKEN avait créé des macaques assez anthropomorphes pour le pilote de la série télévisée JAKE CUTTER (TALES OF THE GOLDEN MONKEY, 1982)  - pour lire la biographie de ce maquilleur, voir l'hommage qui lui  a été consacré suite à sa disparition en août 2011, "les tentacules de Cracken".

Michael McCRAKEN au travail sur TALES OF THE GOLDEN MONKEY, et le résultat.

Avec sa société Animated engineering spécialisée dans la création réaliste d'animaux mécaniques, Dave NELSON a conçu en 1995 un chimpanzé incroyablement réaliste pour une comédie sur le base-ball, ED mettant en vedette ce sportif inhabituel. De la glace était installée dans le costume pour refroidir l'interprète.

Ed prêt à tourner.

Si la nouvelle mouture de LA PLANÈTE DES SINGES joue la facilité en n'employant que des singes virtuels au regard vide comme le KING KONG du remake réalisé par Peter JACKSON, des créateurs d'effets spéciaux traditionnels continuent de mettre tout leur talent au service de la conception de singes très convaincants. Ainsi, Tom WOODRUFF d'Amalgamated Dynamics, a-t-il la même année créé un gorille réaliste pour la comédie ZOOKEEPER. De même sur VANILLA GORILLA, un film inspiré du gorille blanc albinos du zoo de Barcelone qui manifestait des capacités pour l'apprentissage du langage des signes, un costume a été créé par Nik WILLIAMS, et Adam KEENAN ( LE GUIDE DU ROUTARD GALACTIQUE, en version originale, HITCHIKER'S GUIDE OF THE GALAXY) s'est chargé des animatroniques, démontrant que l'emploi des trucages infographiques procède bien d'un choix délibéré et non d'une impérieuse nécessité.


Un exemple récent de superbe déguisement de gorille pour l'interprète de Bernie dans ZOOKEEPER.


Le maquilleur et interprète Tom WOODRUFF sous le costume en compagnie de son associé Alec GILLIS dans leur studio. Il est possible de soutenir leur prochaine entreprise (voir plus bas).

L'armature de la tête du gorille de ABE & BRUNO (2006), avec les yeux conçus par David BENEKE.

Malgré le perfectionnement achevé des costumes de singe, il faut par ailleurs souligner l'importance des interprètes, qui, depuis Charles GEMORA, s'appliquent à observer les primates de manière à retranscrire aussi fidèlement que possible leur gestuelle avec l'aide des effets spéciaux. Deux interprètes se sont plus particulièrement spécialisés dans les rôles de grands singes dans la période contemporaine.

L'Ecossais John ALEXANDER a été danseur, acrobate de cirque, comédien de théâtre à Londres, avant d'être engagé pour interpréter un chimpanzé dans GREYSTOKE. Il incarna ensuite bien des gorilles, en collaboration avec le maquilleur Rick BAKER, dont le fameux Digit de GORILLES DANS LA BRUME, ceux du remake de MIGHTY JOE YOUNG et BÉBÉ EN VADROUILLE, ainsi que certains personnages du remake de LA PLANÈTE DES SINGES de Tim BURTON. Il oeuvra aussi sous la direction de Stan WINSTON sur CONGO. Il a par ailleurs endossé le costume de Mickey le Martien de MEN IN BLACK, celui de Jarra dans MEN IN BLACK 2 qui laisse transparaître une part de sa physionomie véritable, été consultant sur des films comme ED et son habile chimpanzé, A COUTEAUX TIRES ( THE EDGE ) qui met en scène un ours anthropophage terrifiant, ainsi que sur RELIC et son monstre hybride, et a aussi exercé la responsabilité de chef marionnettiste sur le remake de LA PETITE BOUTIQUE DES HORREURS pour donner vie à la plante carnivore très volubile agencée par Lyle CONWAY.


John ALEXANDER au naturel.

L'Anglais Peter ELLIOTT, passionné depuis toujours par l'imitation d'animaux, a suivi une formation de comédien pour apprendre l'art du mouvement et la profession de clown. Après avoir exercé les professions de boxeur et plongeur, il intègre le cinéma, et joue ainsi un Néandertalien dans LA GUERRE DU FEU ( QUEST OF FIRE ). Il effectue une recherche approfondie sur le comportement des primates à l'université d'Oklahoma, et se fait même adopter par un clan de chimpanzés, avant d'interpréter le principal chimpanzé de GREYSTOKE et de se voir confier la chorégraphie du jeu des autres comédiens en costume de singe du film, distribution incluant John ALEXANDER précité. Il croise à nouveau la route de ce dernier sur OZ, UN MONDE EXTRAORDINAIRE (RETURN TO OZ), interprétant un des "Wheelers", une créature montée sur roues, tandis que John ALEXANDER incarne le Lion peureux. Il compte aussi à son actif un nombre important d'apparitions simiesques, comme le rôle-titre de KING KONG 2 et celui de BUDDY, et fait aussi partie de la distribution de CONGO, sur lequel, comme pour GORILLES DANS LA BRUME et HARRY ET LES HENDERSON, il supervise la chorégraphie. Il dispense également des cours de gestuelle animale aux élèves de la London's Central School of Speech and Drama.

Peter ELLIOTT entre deux prises.

L'industrie du cinéma n'a guère reconnu le jeu de ces deux interprètes ayant donné vie à tant de grands singes à l'écran. Et pourtant, il y eut récemment une campagne des producteurs de la Twenty century Fox réclamant qu'on attribue à l'acteur Andy SERKIS un Oscar d'interprétation pour avoir servi de modèle au principal protagoniste virtuel de la dernière mouture de LA PLANÈTE DES SINGES, LES ORIGINES ( RISE OF THE PLANET OF THE APES ), comme déjà sur le remake de KING KONG par Peter JACKSON et sur la trilogie du SEIGNEUR DES ANNEAUX (THE LORD OF THE RINGS ), initiative qui pourrait s'interpréter comme une tentative des promoteurs du virtuel de permettre à ceux qui sont de plus en plus évincés par le s images créées par ordinateur d'avoir encore l'impression qu'ils ont un rôle majeur à jouer alors que leur importance se réduit à la portion congrue face à l'imagerie numérique.


Ni Peter ELLIOTT ( ci-dessus en costume ) ni John ALEXANDER, en dépit de la reconnaissance qu'ils ont obtenue dans le milieu du cinéma n'ont eu de récompense, et cependant ils effectuent leur prestation directement devant la caméra, sans que leur jeu soit retouché par un programme informatique. Un site anglo-saxon évoque dix interprètes, représentés en costume : 
http://mentalfloss.com/article/28031/10-gorilla-guys

Pour ma part, je confesse n'être guère émerveillé par des singes qui ne sont que des modèles virtuels obéissant à des programmes mathématiques. Les vrais magiciens sont ceux qui, par leur constante ingéniosité, et en miniaturisant à l’extrême les commandes, sont parvenus à créer des anthropoïdes plus vrais que nature, capables d'agir en temps réel devant les spectateurs, à présent en parfait autonomie.

Il est d'ailleurs possible de louer le costume de Chimpanzé vu dans le film Ed pour un effet garanti notamment pour le jeune public  : http://www.animatedfx.net/animals/chimpanzee/index.htm .


D'autres créateurs proposent également des costumes criant de vérité, comme ceux de la compagnie britannique Millenium Fx ou de son homologue espagnol Kreat Fx.

Gorilles de Millenium fx  ( en haut à gauche ) et de Kreat Fx ( à droite et en dessous ).


La compagnie australienne Odd Studio, qui a œuvré sur la série de science-fiction FARSCAPE au sein de la compagnie Creatures shop créée par Jim HENSON, réalisé d'autres costumes de monstres pour la nouvelle trilogie de LA GUERRE DES ETOILES (STAR WARS new trilogy) et MAX ET LES MAXIMONSTRES (WHERE THE WILD THINGS ARE) et construit une réplique du poisson du futur à mâchoire évaginable de l'aquarium de Sidney basé sur la série imaginée par Dougal DIXON, SAUVAGE SERA LE FUTUR (THE FUTUR IS WILD) - présentation dont il y'eut un équivalent en France au Futuroscope de Poitiers - conçoit également des costumes de grands singes, orangs-outans et chimpanzé (ci-dessous) pour des publicités (http://www.oddstudio.com/home/home.htm); sa dernière contribution se rapporte à un spot sur le retour sur Terre d'un chimpanzé envoyé dans l'espace, découvrant les conséquences du réchauffement climatique suscité par les activités humaines, en raison du regain actuel bien préoccupant pour les énergies fossiles à effet de serre.




Un spécialiste d'effets spéciaux du cinéma, George YORK, a quant à lui œuvré avec la compagnie WowWee à la commercialisation d'un buste de chimpanzé radiocommandé, nommé Alive Chimpanzé.


It's Alive ! Un buste qui ne laisse de marbre.

Dorénavant, ce n'est plus vraiment en allant au cinéma qu'on voit les créatures les plus fascinantes.


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SOUTENEZ LES VRAIS EFFETS SPÉCIAUX ! 

Depuis 20 ans, même les producteurs qui font appel à des créateurs d'effets spéciaux "traditionnels" finissent par  couper leurs créations au montage, comme pour la préquelle de THE THING évoquée récemment. Leurs créateurs, Alec GILLIS, Tom WOODRUFF et leur société Amagalmated Dynamics, ont décidé de faire leur propre film, seul moyen d'avoir le contrôle sur le résultat final. Il s'agira d'un film d'épouvante avec Lance HENRIKSEN (ALIENS) dans lequel un navire américain découvre en Alaska les formes mutantes de Tardigrades ("ours d'eau"), petits animaux très résistants sujets à des expériences, échappés d'un satellite russe revenu sur Terre. On ne peut prédire à l'avance s'il s'agira d'un grand film ni si les monstres seront marquants, mais on peut être au moins assurés que les effets spéciaux seront de qualité puisque ces professionnels aguerris (avec à leur actif des monstres comme ceux d'ALIEN IV, TREMORS, et la créature géante de STARSHIP TROOPERS) se sont engagés à ne pas utiliser le virtuel pour donner vie à leurs créatures. On peut contribuer au financement de leur film par une petite contribution financière, selon le même principe qui vient de permettre à Jason BARNETT d'obtenir son aval pour réaliser le documentaire basé sur de nouvelles archives consacré à un des premiers grands maquilleurs d'Hollywood, Charles GEMORA (voir article précédent) :

Une créature conçue par les studios Amalgamated Dynamics, peut-être un avant-goût d'HARBINGER DOWN ?


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Tir à vu légal au Texas sur des humanoïdes mythiques



Au Texas, la chasse au "Bigfoot" est devenue récemment  légale, l'anthropoïde hypothétique pouvant être chassé puisque, sans existence officielle, il ne figure pas sur la liste des espèces disparues. Son existence, à fortiori au Texas, est hautement improbable, mais il est vrai que dans l'histoire, les espèces furent souvent inscrites sur la liste des espèces protégées quelques années seulement avant d'être exterminées, le triste scénario se répéterait donc encore une fois si jamais une créature de ce genre devait finalement être identifiée par la science officielle. En tout cas, il vaut mieux éviter de se promener en manteau de fourrure dans la nature texane, dorénavant, et on ne saurait trop conseiller aux artistes dont il a été question ci-dessus de ne s'aventurer qu'avec prudence dans ces parages (une personne ayant déjà péri pour cette raison) si l'idée d'y tourner un film leur venait...


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Disparition d'un des géants du fantastique. 

Le grand créateur d'effets spéciaux Ray HARRYHAUSEN, à qui l'on doit nombre de films marquants du genre, a disparu à l'âge de 92 ans le 7 mai 2013. On avait déjà évoqué son producteur attitré, décédé il y'a quelques années: 

On reviendra sur sa carrière prochainement.


3 commentaires:

Mario giguère a dit…

Merci pour ces deux articles forts instructifs sur ceux qui ont joujé les singes au cinéma. Même si je m'intéresse à la chose depuis des années, j'en ai encore beaucoup apprit !

Abepar a dit…

Article très intéressant que je viens de découvrir et lire. Il y manque peut-être l'apport de John Chambers (1922-2001) pour la version originale de "la Planète des Singes" (1968), et les australopithèques de "2001, l'Odyssée de l'Espace" (Kubrick, 1968) créés par Stuart Freeborn (1914-2013).
Par contre - c'est mon avis de chercheur de terrain sur le sujet depuis plus de 10 ans - il est loin d'être improbable que le Bigfoot ou Sasquatch n'existe pas.

Dr. Alien a dit…

Bonjour,

Grand merci pour votre fort aimable commentaire.
Concernant John Chambers et Stuart Freeborn, ils ont été évoqués dans la première partie de l'article, "D'expertes singeries" publié deux mois plus tôt, lequel revient sur les débuts de l'histoire des costumes de singes au cinéma et s'achève en 1968, celui-ci en prenant la suite immédiate, et je vous invite à le lire en complément.

Concernant les hommes sauvages géants, je me méfie un peu de la cryptozoologie pour avoir lu de nombreux ouvrages sur la question, dans lesquels les conclusions sont un peu trop souvent anicipées en fonction des idées de l'auteur, mais je n'écarte pas totalement la possibilité d'existence de petits groupes de populations d'espèces non découvertes.