mercredi 9 septembre 2009

RETOUR ANNONCE DE DEUX GRANDS MONSTRES

Contrairement au pilote extraterrestre, le film ALIEN ne s'est pas fossilisé dans l'esprit des cinéphiles.

On se souvient que Barry LEVINSON avait réalisé un film, LE SECRET DE LA GRANDE PYRAMIDE, imaginant la jeunesse de Sherlock Holmes, plutôt réussi et étonnamment sombre pour une œuvre en principe destinée au jeune public. Le personnage d'Indiana Jones s'était lui vu gratifié d'une série décrivant les jeunes années de l'archéologue aventurier. Georges LUCAS a conçu plus récemment une trilogie de LA GUERRE DES ETOILES antérieure à celle qu'il avait préalablement initiée, narrant le dévoiement de chevaliers Jedi au service de sombres desseins, et montrant comment ceux-ci avaient évolué pour devenir les personnages maléfiques de la première saga, laquelle chronologiquement devint donc la seconde.

Le défi que représente l'élaboration d'œuvres conçues comme le prologue de films connus, à plus forte raison quand il ne s'agit pas de sagas se prêtant à de multiples épisodes, est particulièrement ardu, car même en admettant que les films parviennent à se hisser à la hauteur des chefs-d'œuvres initiaux, ce qui n'est pas une entreprise aisée, il leur manquera néanmoins toujours la touche d'originalité de leur modèle. La meilleure solution, difficile à appliquer au concept d'une préquelle, est d'instiller une nouvelle perspective lorsqu'on décline un concept connu, comme avec ALIENS adoptant une perspective plus guerrière mettant l'action au premier plan, POLTERGEIST 2 se focalisant sur un personnage maléfique central et ses surprenantes métamorphoses, ou encore LA MOUCHE 2, reprenant des éléments délaissés du scénario car jugés alors accessoires, notamment les enjeux financiers de la téléportation pour la société technologique qui veut s'accaparer l'invention, en les combinant intelligemment avec le thème du fils de Brundle soumis aux aléas génétiques imputables à son géniteur.

A présent, le concept pourrait être appliqué à deux grands chefs d'œuvre du cinéma de science-fiction, sans doute les deux films majeurs narrant les agissements de formes de vie extraterrestres prédatrices, ALIEN de Ridley SCOTT et THE THING de John CARPENTER - même si pour le second nous avions été bien peu à l'époque, au milieu des critiques condescendantes, à l'identifier comme un chef-d'oeuvre et un futur classique; les deux font actuellement l'objet d'un projet décrivant la situation antérieure aux événements portés à l'écran ( bien qu'un premier projet pour THE THING avait d'abord été envisagé comme une suite et qu'il a même été question de remake ) ; il est vrai que celle-ci est déjà évoquée explicitement dans les deux œuvres.

La filiation entre les films originaux et les préquelles: Ridley SCOTT, réalisateur du premier ALIEN ( en haut ), devrait diriger le film qui va narrer les évènements antérieurs au classique de 1979; il faut espérer qu'il saura livrer un nouvel opus à la hauteur de l'oeuvre fondatrice, mais au moins peut-on supputer qu'il sera peu enclin à en trahir l'esprit. Stuart COHEN (en bas ), co-producteur de THE THING, avait été l'initiateur du projet d'adapter la nouvelle de John CAMPBELL en en préservant l'essence même à l'écran, et a aussi oeuvré avec constance pour que la réalisation en soit confiée à John CARPENTER qu'il supposait avec raison comme le directeur le plus approprié à la peinture de ce huis-clos horrifique; COHEN étant à nouveau aux manoeuvres, on peut là encore raisonnablement envisager qu'il va s'efforcer de renouveler le prodige du chef d'oeuvre de 1982.

Bien que cela n'ait guère été noté, le début des deux films s'inscrit dans un schéma similaire: les protagonistes découvrent que l'organisme terrifiant qui les attaque s'en ait pris auparavant à une autre expédition, à ceci près que cette dernière est extraterrestre dans ALIEN, mais la barrière de la langue ( aucun Américain de l'avant-poste 31 dans THE THING ne connaissant le norvégien ) empêche dans les deux cas que les futures victimes puissent être instruite par l'expérience malheureuse de leurs devanciers. Le procédé permet à la fois de révéler l'intrigue progressivement tout en lui conférant une touche de réalisme puisqu'il présente des faits qui se sont déjà déroulés et que le spectateur considère ainsi spontanément comme avérés.

Les épaves des vaisseaux extraterrestres de ALIEN (en haut) et THE THING (au-dessous)

La découverte des restes de l'expédition décimée dans ALIEN (haut) et THE THING (bas)

ALIEN et THE THING ont été produits à peu près en même temps; les difficultés des producteurs du second à s'accorder sur le traitement de l'histoire et finalement les hésitations du studio quant à la rentabilité du projet, jusqu'à ce que le succès d'ALIEN démontre qu'un film de monstre à gros budget pouvait rapporter des bénéfices, explique que THE THING ne soit sorti en salles que trois ans plus tard.

Le scénario d'ALIEN était pour l'essentiel défini dès le début; il reposait sur une idée originale de Dan O'BANNON - même si on peut toujours trouver une filiation avec d'autres œuvres comme un petit film de monstre des années 1950, IT ! THE TERROR FROM BEYOND SPACE, et que le célèbre écrivain VAN VOGT entama une action en estimant qu'il s'inspirait de son roman LA FAUNE DE L'ESPACE, notamment les passages mettant en scène un extraterrestre du nom d'Ixtl. THE THING est par contre l'adaptation déclarée d'une nouvelle remarquable écrite en 1938 par John CAMPBELL - et dont seul le point de départ avait été conservé lors d'une première transcription à l'écran par Christian NIBY en 1951. Les premières approches du projet tiraient naturellement profit des potentialités cinématographiques de l'histoire, en prévoyant des scènes spectaculaires de poursuite dans les glaces, incluant des avalanches. Cependant, aucune ne faisait réellement l'unanimité, jusqu'à ce que soit engagé le scénariste Bill LANCASTER, fils du célèbre acteur Burt LANCASTER - interprète entre autre d'un Docteur Moreau particulièrement sadique dans l'adaptation de Don TAYLOR de 1976 ; celui-là, même s'il ouvre l'histoire sur une poursuite entre ce qui paraît être un chien de traîneau et un hélicoptère qui le traque, relègue l'action au second plan au profit du huis-clos, restant fidèle à l'esprit du texte originel. Même si le procédé d'introduction de l'intrigue de THE THING n'est pas totalement sans rappeler celui d'ALIEN ( qui lui-même avait eu un prédécesseur en la matière avec PLANET OF THE VAMPIRES de Mario BAVA et sa découverte de l'épave d'un vaisseau spatial ainsi que des restes squelettiques de ses occupants attaqués par des entités meurtrières ), on peut penser que sans l'habileté de Bill LANCASTER, ce chef d'œuvre qu'est THE THING serait probablement demeuré l'un de ces innombrables projets de film qui n'ont jamais vu le jour.

En haut, le scénariste d'ALIEN, Dan O'BANNON ( à gauche) en compagnie du peintre suisse GIGER, concepteur des éléments extraterrestres du film. En dessous, le scénariste de THE THING, Bill LANCASTER, dont sa participation au chef d'oeuvre de CARPENTER est l'élément majeure de sa brève carrière, écourtée par sa santé précaire - même s'il s'était montré à l'époque déçu que certaines scènes qu'il avait écrites n'aient pas été portées à l'écran, notamment une scène de panique au moment où la station est subitement plongée dans l'obscurité.

On peut se demander ce que donnera le nouvel épisode, rétrospectif, d'ALIEN, basé sur un scénario signé par Jon SPAIHTS. Logiquement, celui-ci devrait nous montrer, entre autres, les gigantesques humanoïdes extraterrestres aux prises avec les créatures meurtrières qui ont causé leur perte ( le film montre l'un d'entre eux, fossilisé sur son siège, devant ce qui semble être un poste de pilotage, les côtes ayant été percées de l'intérieur par le stade parasite de l'organisme surnommé "Chest burster"). Le spectateur jusque là mystifié par l'extraordinaire atmosphère d'ALIEN risque alors de découvrir que les Face-huggers, le stade initial qui se fiche sur le visage et pond dans le corps la génération suivante, et dont la morphologie paraît calquée sur l'anatomie humaine ( conformément aux indications du scénario ), paraissent un peu menus comparés à leurs premières victimes, comme représenté ci-dessous.

Les Extraterrestres en proie aux Face-huggers ( illustration originale ).

Il avait été un temps entendu que Sigourney WEAVER pourrait y faire une nouvelle apparition, bien qu'on ne voit pas trop comment son personnage pourrait être impliqué dans l'histoire, à moins d'imaginer à la manière d'ALIEN IV de CARO et JEUNET que le personnage d'Helen Ripley qu'elle interprétait dans le premier film était
déjà un clone réalisé par la compagnie, et qu'elle joue ainsi le personnage original, probablement elle-même un membre de la Compagnie ou/et une scientifique.

Il sera en tout cas un peu ardu d'inclure dans l'intrigue des protagonistes humains étant donné que la rencontre entre l'Alien et les humains étaient censée être une première. Peut-être pourrait-on imaginer une intrigue sur un contact dramatique entre des humains et les extraterrestres, en espérant que les auteurs joueront habilement sur les effets de perspective et l'inclusion à l'image des interprètes par des trucages visuels classiques pour représenter la différence de taille, sans recourir à des créatures créées banalement par ordinateur. Néanmoins, un élément troublant de l'œuvre de 1979 n'a guère été relevé jusqu'à ce jour : alors qu'un détachement explore l'étrange épave extraterrestre conçue par le peintre suisse H.R. GIGER, le responsable scientifique Ash ( brillamment interprété par Ian HOLM ) découvre, mais trop tard - ou feint de découvrir seulement à ce moment-là, en raison de son rôle trouble ( il s'agit en réalité d'un androïde chargé par la Compagnie de ramener, quoi qu'il puisse en coûter, l'organisme inconnu à des fins de recherche appliquée ) que le signal extraterrestre qui a attiré le Nostromo sur l'astéroïde n'est pas un appel au secours mais un avertissement. Malgré toute la ressource de l'ordinateur de bord, on ne peut qu'être déconcerté par la capacité du système à interpréter un message dans une langue totalement inconnue. Pour que l'ordinateur puisse distinguer entre ces deux types d'émissions, il paraît évident qu'il dispose d'un minimum d'informations sur la syntaxe et la sémantique des extraterrestres ( rappelons pour point de comparaison que la langue des Etrusques, peuple européen qui a précédé les Romains - et dont les habitants du Latium pourraient être plus ou moins les descendants, ces derniers ayant fondé l'Empire romain qui s'est étendu à toutes les provinces d'Italie avant de conquérir les contrées étrangères - n'a à ce jour pas pu être déchiffrée en dépit des nombreux objets étrusques mis à jour ). De là, on pourrait imaginer que la Compagnie ait déjà eu connaissance d'un certain nombre de données avant que l'équipage du Nostromo ne fasse la funeste rencontre, ce qui ouvre quelques pistes scénaristiques.


Ridley SCOTT paraît enclin à envisager les créatures meurtrières comme étant des créations de l'ingénierie génétique conçues par les extraterrestres, un genre d'arme biologique comme celà avait aussi été évoqué pour la Chose mise en scène par John CARPENTER à l'occasion d'une monture abandonnée de THE THING. Celà pourrait expliquer une similitude quant à l'apparence "bio-mécanique" des extraterrestres et celui de leur création; celà conduirait aussi à porter un regard cynique sur les civilisations, puisque les Extraterrestres qui auraient créé les Aliens et la Compagnie qui veut se les accaparer, comme elle le démontre aussi dans ALIENS de James CAMERON à travers le personnage de Burke, auraient le même dessein, s'assurer de la puissance technologique en croyant obtenir le contrôle d'une effroyable arme biologique : on est loin de la vision optimiste de certains auteurs qui imaginent que l'avènement de civilisations hautement développées irait de pair avec une grande sagesse et qu'elles seraient nécessairement pacifiques.

Le scénario d'ALIEN avait initialement envisagé que les œufs des créatures carnassières étaient hébergés dans une mystérieuse structure extraterrestre, comme représenté ici par Hans Rudi GIGER.

Quand à THE THING, il est vrai que le dénouement laissé quelque peu en suspens à la fin du film de John CARPENTER fait davantage travailler l'imagination que les faits qui précèdent l'histoire et qui sont approximativement connus, d'autant que les 45 premières minutes y étaient consacrées au dévoilement progressif de l'intrigue.
Le dénouement de THE THING : l'un des deux survivants n'est-il pas une nouvelle incarnation de la "Chose" ?

Néanmoins, la "préquelle" permettrait sans doute de découvrir quelle forme avait originellement la Chose lorsqu'elle a été découverte, avant qu'elle n'e
ntreprenne d'imiter des formes de vie terrestres ( dans le film, elle apparaît essentiellement sous une forme composite, passant d'une apparence à une autre en empruntant certains attributs de ses victimes ), même si cela ne résoudrait pas nécessairement la question de savoir si elle reproduisait alors l'aspect des extraterrestres pilotant le vaisseau qu'elle a attaqué, ou si la silhouette trouvée dans le bloc de glace était bien sa véritable forme comme l'imaginait apparemment CAMPBELL, à moins qu'on la représente comme une masse informe à l'instar de celle entraperçue à la fin de la séquence du chenil et qui paraît en effet représenter la conception de ses concepteurs - d'ailleurs, avant que Rob BOTTIN ne s'attelle à la tâche avec son monstre indéfinissable et organique, sorte de masse cellulaire indéfinie, le scénario de Bill LANCASTER envisageait la forme extraterrestre pratiquement comme une sorte de virus, un programme génétique qui s'incarnait en détournant les organismes dont elle s'emparait, bien loin de la créature à trois yeux et aux bras tentaculaires de la nouvelle.

Un premier scénariste, Ron MOORE, avait proposé un traitement réitérant l'intrigue du film de John CARPENTER, transférée dans le camp norvégien, lieu initial du déferlement de l'horreur; un nouveau scénariste, Eric HEISSERER, a achevé un travail de réécriture. La nouvelle mouture devrait se concentrer en premier lieu su
r la découverte de la soucoupe volante telle que relatée dans la nouvelle originelle de John CAMPBELL - d'autant que l'épave explorée par MacReady et Norris ne paraît pas avoir été totalement consumée par l'explosion destinée à la dégager de sa gangue de glace contrairement à ce qui survient dans la nouvelle originelle, ce qui pourrait ouvrir quelque possibilité d'exploration, puis se poursuivre par la destruction de la base norvégienne par la redoutable créature mimétique.

MacReady (Kurt RUSSELL) devant le bloc de glace ramené dans la base de recherche norvégienne (photo du haut), ayant contenu le corps de la créature extraterrestre revenue à la vie, dont l'apparence initiale demeure inconnue; peut-être pourrait-elle présenter quelque ressemblance avec la version de la Chose dessinée ci-dessus par un artiste pour un jeu vidéo inspiré du film de John CAPENTER.

Il est question de recourir pour l'essentiel à de "vrais" effets spéciaux, à l'instar du projet abandonné de série pour lequel il avait été fait appel à Vincent GUASTINI, qui a précédemment œuvré sur de petits films de monstres comme SPOOKIES et ALIEN FACTOR : METAMORPHOSIS, et a aussi sculpté les créatures goulues du téléfilm LES LANGOLIERS, malheureusement réduits à une version virtuelle; Rob BOTTIN, concepteur des effets spéciaux de maquillage du film de CARPENTER, injustement boudé par les producteurs depuis trop longtemps, ne paraît quant à lui pas avoir été contacté. Celà dit, il convient de rester prudent, si on veut bien considérer qu'il y'a déjà eu tant de films pour lesquels leurs promoteurs faisaient la même profession de foi, comme pour THE MIST, LE PACTE DES LOUPS, PITCHBLACK, lesquels se révélaient au final comporter principalement au montage final des trucages virtuels, quand bien même des animatroniques avaient été effectivement réalisés... Néanmoins, si jamais le nouveau film était fidèle à l'original et qu'il remportait suffisamment de succès, celui-ci pourrait peut-être contribuer à relancer la vogue des films de monstres utilisant des effets physiques - voire permettre le retour des maquilleurs délaissés comme Rob BOTTIN, Chris WALAS et Steve JOHNSON, comme évoqué en mars 2009 dans l'article "Les grands créateurs déclarent forfait" (*); ce serait une belle revanche pour un extraterrestre qui, en raison de recettes décevantes et de critiques assassines lors de sa sortie, a été surnommé "le monstre le plus mal aimé du cinéma"...

Comme les premiers artistes engagés sur la préproduction de THE THING avant l'arrivée de Bill LANCASTER, le studio GUASTINI a proposé pour la préquelle sa propre version de la "Bête d'un autre monde" de la nouvelle initiale de John CAMPBELL.

Si ce chien en cours de transformation ne ressemble guère à un husky, c'est qu'il est directement réminiscent du travail de GUASTINI sur le "Terminator canin" du film ROTTWEILER .


Cette main dans laquelle un œil est apparu, réminiscente d'une autre réalisation précédente du maquilleur, THE REGENERATED MAN, rappelle la main vue dans LEVIATHAN, dans laquelle s'ouvrait une mâchoire.

Autre monstruosité mutante, cette masse de chair hétéroclite combinant des caractéristiques de différentes victimes, incluant Poisson et Manchot, évoque les formes à la fois inquiétantes et grotesques entraperçues dans un autre film de John CARPENTER, L'ANTRE DE LA FOLIE.


La plupart des versions envisagées par le studio GUASTINI sont des hybridations d'homme et d'Insecte, à la manière des mutants du film THE NEST; une inspiration que Vincent GUASTINI pourra de nouveau illustrer avec son engagement sur le projet de remake de LA MOUCHE. D'autres variations peuvent être vues sur le site original :
http://www.moviesonline.ca/gallery.php?movie=VGP-TheThing
( *lien : http://creatures-imagination.blogspot.com/2009/03/les-derniers-grands-createurs-declarent.html )